Chronique de livre : Tout l’or du monde

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Vous avez peut-être déjà vu le film Tout s’accélère de Gilles Vernet. Dans ce documentaire, cet ancien trader devenu instituteur et aussi réalisateur nous parle de l’accélération du développement économique et technologique de nos sociétés modernes qui nous désynchronise de nos rythmes naturels et de ceux de la Terre mère. Dans son livre Tout l’or du monde, qui vient de paraître, Gilles Vernet nous parle cette fois-ci de notre rapport à l’argent qui parfois nous fait passer à côté de l’essentiel. Au fil des pages, il nous inspire de nombreuses prises de conscience pour le mettre à sa juste place et redonner du sens à l’existence.

“Pourtant le monde peut être si beau quand on laisse sa juste place à l’amour, à la nature, à l’entraide, à la spiritualité, à l’art. En somme, à cette Beauté que l’argent ne pourra jamais acheter. Nietzsche le rappelait sans détour : ce qui a un prix n’a pas de valeur. L’heure est venue de remettre l’argent à sa place.”

Dès les premières pages du livre Tout l’or du monde, le ton est donné. A travers son expérience personnelle, fil rouge de son ouvrage, Gilles Vernet nous fait pénétrer au cœur de deux univers diamétralement opposés : le monde de la finance et celui de l’enseignement.

Le bonheur est dans l’enseignement

En passant du métier de trader à celui d’instituteur, Gilles Vernet nous explique comment ce grand écart a donné sens à sa vie. Il opère ce changement radical de carrière lorsqu’il apprend la maladie incurable de sa mère. Prendre soin d’elle, se recentrer sur les véritables priorités, gommer le surplus d’ego, deviennent de nouveaux repères. Il tourne le dos aux chiffres pour retrouver son temps. Se dessine alors une nouvelle voie, une voie salvatrice à bien des égards.

“Quand on parvient à éveiller la curiosité d’un enfant, qu’on défie gentiment son entendement en le guidant sur les chemins de la connaissance, il y a dans ses yeux qui comprennent une lumière plus étincelante que celle d’un joyau.” Gilles Vernet nous éclaire sur les différentes formes de richesse. L’argent n’occupe plus le premier rang car nombreuses sont les autres sources d’enrichissement à l’image du regard d’un enfant qui vient de comprendre un enseignement.

En tant qu’ancien trader, l’auteur se plaît à échanger avec ses élèves autour de cette notion d’argent. Et face aux icônes des uns et des autres (chanteurs, footballeurs et autres) qui sont comme des symboles de réussite avec un compte en banque bien rempli, il tente d’aborder la question sous un autre angle. “Il n’est pas facile de faire descendre l’argent de son piédestal. Et pourtant ! Savent-ils (en parlant de ses élèves) combien de familles vivant dans l’opulence courent désespérément après le bonheur ? Il ne s’agit pas de dire que l’argent rend malheureux, mais ne faut-il pas s’interroger sérieusement : à quel moment l’argent nous domine-t-il et à quel moment nous rend-il libres ?”

L’argent au service de…

Pour aider ses élèves à former leur jugement, Gilles Vernet leur partage les réflexions de grands philosophes.

“L’argent est un bon serviteur et un mauvais maître.” Alexandre Dumas

Les échanges fusent et les élèves se prononcent sans filtre sur le sujet. Certains soulignent que l’argent est maître tant pour ceux qui sont tout en bas que tout en haut de l’échelle. L’auteur formule ainsi cette réflexion : “Un même esclavage unit le miséreux et l’hyper-riche : le premier ne pense qu’à l’argent pour subsister, le second pour exister.” Alors comment donner sa juste place à l’argent dans sa vie ? Gilles Vernet rebondit en reformulant ainsi une citation d’Aristote :

“Tout homme averti recherche le juste milieu entre deux extrémités fâcheuses, l’une par excès, l’autre par défaut.”

Ne plus être esclave de l’argent mais en faire un moyen, un outil pour la vie quotidienne tout en se concentrant sur d’autres valeurs pour mieux s’épanouir et donner du sens à ce qu’on vit. En voila une bonne résolution. Car “en même temps qu’ils désenchantent le monde, les chiffres remplissent le vide existentiel.” L’ancien trader rempile en pointant du doigt l’argent comme vecteur d’accélération : “Pas moyen de ralentir quand on a un gros prêt sur le dos. Ainsi, subrepticement, la dette subordonne l’homme, les Etats et les entreprises à la croissance, l’entraînant dans une vaine course contre le temps. Car tout cet argent demande toujours plus d’intérêts et de rendements, dans une accélération du rythme quasi orgasmique pour le capital. Il y a une profonde ivresse de la dette. Et nous sommes au dernier degré de l’alcoolisme monétaire.”

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Privilégier la simplicité et l’attention à l’autre

Alors la question se pose :  “Ne devient-on pas esclaves de l’accumulation alors que la simplicité et l’attention à l’autre nous rendent plus libres ?”

Face au toujours plus d’argent, de biens matériels, de possessions, l’auteur nous parle tout simplement d’amour. La coopération et l’entraide en sont des valeurs complices. Dans le milieu de l’enseignement, il observe notamment comment face à la compétition à laquelle il a été habituée durant ses études et dans son parcours professionnels, les classes multiniveaux sont productives avec les plus grands qui aident les plus petits. Il nous parle aussi de l’économie de la connaissance qui ne fonctionne pas comme l’économie financière car on ne perd rien à “donner” une connaissance. C’est même l’occasion de s’enrichir de cet échange intellectuel.

L’amour et la générosité comme les clés d’une vie pleinement épanouie. Gilles Vernet ne boude pas son plaisir de s’offrir du temps pour nourrir cette si précieuse générosité : “J’ai ainsi compris que la véritable générosité, celle qui n’avait pas de prix, c’est le temps et l’attention portés à l’extérieur de soi, à l’autre et à la nature. Que sont les cadeaux matériels, bientôt enterrés au fond d’un placard et de nos souvenirs, au regard de quelques heures d’amitié, d’amour ou de tendresse ? […] Je recherche cette générosité avec mes enfants. Plutôt que de céder à leurs désirs matériels, je leur apprends la valeur inestimable des instants passés ensemble.”

Et pour vous conseiller définitivement la lecture de ce livre riche de témoignages poignants autour des élèves de Gilles Vernet mais aussi de constats édifiants issus de ses expériences professionnelles dans la finance, je vous invite à lire ces quelques mots en lien direct avec l’amour et avec le temps qu’on lui consacre, le temps tout court en fait :

“L’amour est le parent pauvre de la finance. Comprenant que le temps qu’on pouvait lui accorder était clé, j’ai fait le choix du temps plutôt que de l’argent. Je sais que j’aurai infiniment moins que mes anciens collègues pour mes vieux jours. Mais je suis chaque après-midi avec mes enfants, je prends le temps de leur parler, de jouer, de les serrer contre moi. Je prends le temps au présent. Je prends aussi celui de faire ce que je veux ; de ne rien faire parfois. Le temps de regarder la nature et de l’aimer, de lire un livre et de l’aimer, de cuisiner puis de déguster. Le temps de méditer et de philosopher avec mes élèves. Le temps de les aimer aussi, comme un instituteur aime ses ouailles et croit dans les promesses qu’elles recèlent. Le temps de voir ma famille, mes amis chers, de leur parler. Tout cela ne coûte rien et vaut pourtant de l’or.”

 

Tout l’or du monde,

un livre de Gilles Vernet aux éditions Bayard.

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