Eloge de la lenteur : et si vous ralentissiez ?

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Phrase-résumée de “Eloge de la lenteur” : “Du travail en retard ? Adoptez une connexion plus rapide à Internet. Pas de temps pour lire ce roman qu’on vous a offert à Noël ? Apprenez la lecture rapide. Les régimes ne marchent pas ? Essayez la liposuccion. Trop occupé(e) pour cuisiner ? Achetez un fou à micro-ondes. Pourtant, il y a certaines choses qui ne peuvent pas, et ne devraient pas aller plus vite. Elles prennent du temps, elles demandent de la lenteur.”

Par Carl Honoré, Marabout (Hachette Livre), 2005 pour la traduction et l’édition françaises, 288 pages.

Chronique et résumé de “Eloge de la lenteur” :

Avant-propos : La fureur de vivre

Pourquoi Carl Honoré a-t-il écrit un livre sur la lenteur ? Une prise de conscience ajoutée à une anecdote personnelle, qui est aussi le fil conducteur du livre, ont été les déclencheurs de sa démarche. A l’occasion d’un vol professionnel au départ de Rome, il parcourt le journal à la hâte pressé d’embarquer et tombe sur un article faisant la promotion de l’”histoire-minute pour aller au lit”. Après avoir crié “Eurêka !”, il prend conscience de la vitesse à laquelle il lit chaque soir une histoire à son fils (pensant à la masse de travail qui l’attend encore) qui lui réclame pourtant plus de lenteur, puis une autre histoire.

Cet avant-propos annonce la couleur : l’agitation nous conduit à vivre en surface sans approfondir nos expériences, nos moments de vie. L’attente a laissé place à l’impatience qui évince le plaisir du moment présent.

Cependant, une minorité grandissante propose un autre chemin, celui de la lenteur et ce dans tous les domaines de notre vie. Au cours de cet ouvrage, par des références précises, l’auteur prouve à quel point ralentir le rythme permet de renforcer son bien-être global (sa santé, ses relations, son efficacité professionnelle et autres). Car la lenteur est aussi intérieure. Il est tout à fait possible de réaliser une tâche rapidement tout en conservant un esprit calme. C’est en partie ce que propose de découvrir Carl Honoré dans ce livre. Le tout étant de trouver un équilibre entre vitesse et lenteur, d’adopter le bon tempo (le tempo giusto) au bon moment. Il s’agit là de décider de ralentir, à son rythme et quand cela semble approprié, et non d’adopter le rythme de l’escargot. “Un monde authentiquement “lent” ne suppose rien moins qu’une révolution de nos modes de vie” précise l’auteur.

Chapitre 1 : Toujours plus vite

Combien de fois regardez-vous l’heure par jour ? N’est-ce pas votre premier réflexe au réveil ? Comprendre ce qui nous pousse à la vitesse est le meilleur moyen de décélérer. Notre relation au temps s’est construite à travers les siècles. A titre d’exemple, au temps des civilisations antiques les calendriers étaient utilisés pour cultiver la terre (et se nourrir). Puis au XVIIIème siècle, Benjamin Franklin martèle “Le temps, c’est de l’argent.” Au siècle suivant de nombreuses inventions ont vu le jour en vue d’augmenter le rythme, de gagner du temps et de moins travailler. C’est en 1876 que le premier réveille-matin a fait son apparition ainsi que le rituel de pointage dans les usines.

La vie citadine, la société de consommation procurent l’impression d’accélération du temps mais parfois cette sensation, nous nous l’infligeons nous-mêmes pour éviter de nous confronter à notre insatisfaction. La vitesse a un côté addictif, non négligeable.Cette relation au temps que nous entretenons nous incite à courir après lui en permanence tandis que d’autres cultures et traditions philosophiques en ont une autre conception. Aujourd’hui, c’est presque notre emploi du temps qui nous mène à la baguette et pas l’inverse, toujours poussé par l’obsession de gagner du temps.

Chapitre 2 : Vive la lenteur !

Carl Honoré nous présente la Société pour la décélération du temps qui se tient chaque année à Wagrain. Les membres mettent par exemple sur pied des “pièges à vitesse” dans les villes pour établir la vitesse de marche des piétons. Moins de 37 secondes sur 50 mètres ont le pas trop rapide.

Au cours des siècles, différentes initiatives ont cherché à échapper à l’étau du temps. Au XVIIème siècle les relieurs de Paris réclamaient une réduction du temps de travail à quatorze heures. Au siècle suivant, Henry David Thoreau fera l’expérience d’une vie en nature installé dans une simple cabane, en marge de la vie moderne. Dans les années 60 émergea la “simplicité heureuse” puis le “rétrogradage” dans les années 80 tendant vers une vie plus sereine et à distance de la consommation.

Chapitre 3 : Le temps contre le goût

Une pilule-repas ça vous dit ? L’agriculture et l’élevage, à grand renfort de fertilisants chimiques, pesticides et autres hormones de croissance, suivent l’accélération du temps. Les plats préparés, réchauffés en 3 minutes, remplissent leur fonction : réduire le temps des repas plutôt que nourrir (apporter des qualités nutritionnelles). La nourriture industrielle à bas coût “se transforme vite en fausse économie”. Il n’y a qu’à constater le nombre d’américains intoxiqués régulièrement (par Escherichia coli) en consommant des burgers.

En réponse au fast-food, Carlo Pétrini, journaliste gastronome a crée dans les années 80 le mouvement Slow Food invitant à consommer des produits frais, locaux et de saison, à préserver le savoir-faire des anciens en matière de cuisine et d’agriculture ou encore à se délecter de ses repas. Plus largement, l’organisation défend la biodiversité alimentaire qui va de pair avec la protection de l’environnement.

Beaucoup de producteurs ont désormais des exploitations de taille humaine et défendent la qualité à la quantité. Les consommateurs ont le pouvoir de décider ce qu’ils mettent dans leur assiette et leurs nouvelles exigences influencent le système global. Par ailleurs, de nombreuses personnes produisent elles-mêmes leur nourriture dans des jardins partagés en ville.

Se battre pour la saveur contre la dénaturation, la fadeur, l’homogénéisation des produits industriels tel est l’ordre du jour. Au Japon, par exemple, la cuisine devient une mode chez les jeunes notamment grâce au mouvement Slow Food. Cuisiner est une base pour se relier aux enjeux de notre nourriture. Loin d’être une corvée (nul besoin de préparer un dîner étoilé !) ce peut-être un moment de détente sans compter sur le moment de partage autour de la table lors du repas.

L’auteur précise que manger “lent” n’est pas si coûteux vu la forte demande notamment de produits bio, les prix sont en baisse. Par ailleurs, nous sommes désormais tellement habitués à une nourriture à bas coût qu’il nous est difficile de nous tourner vers des produits certes plus onéreux mais de qualité. C’est le cas de la volaille industrielle comparée à un poulet fermier. Mais cela ne vaut-il pas le coût concernant notre propre carburant ? Des produits de qualité, cuisinés avec soin (avec des recettes simples) promettent de beaux moments de dégustation. Apprécier la nourriture amène à la choisir avec soin.

Chapitre 4 : La ville entre tradition et modernité

L’auteur nous parle du mouvement Citta Slow qui a émergé dans les villes (de moins de 50 000 habitants) notamment à Bra, siège de Slow Food, et privilégie à tout point de vue la lenteur à la vitesse. 55 engagements sont inscrits sur le manifeste autour de la réduction du bruit, de l’augmentation des espaces verts ou encore de l’hospitalité entre voisins. Certaines rues du centre-ville de Bra excluent par exemple les voitures.

Les villes membres voient le chômage réduire et l’économie se dynamiser. Citta slow invite à calmer l’agitation urbaine, à retrouver en sérénité. Un objectif recherché par de nombreux citadins partout dans le monde qui, pour certains, prennent la tangente de villes épuisantes en rouvrant des maisons de campagne. D’autres en rêvent mais restent attachés au rythme citadin et profitent parfois de la création d’oasis urbaine, de la réhabilitation de quartiers “lents”.

Carl Honoré raconte une anecdote à propos de la dominance des voitures en ville : “Devant ma maison, à Londres, les deux côtés de la rues sont remplis en permanence de véhicules garés. Ils forment un Mur de Berlin qui sépare les gens les uns des autres […] Une fois, en raison d’un repavage, la rue avait été vidée de ses voitures. L’atmosphère s’étaient transformée : les gens flânaient sur les trottoirs, adressaient la parole à des inconnus.” Privilégier le piéton en ville, une idée qui fait son chemin…

Chapitre 5 : Corps et esprit, mens sana in corpore sano

La moindre minute de temps libre est combler par la stimulation mentale. Pourtant, fermer les yeux un instant, calmer nos pensées améliore notre concentration et stimule notre créativité.

Calmer l’agitation intérieure, la méditation s’avère être une pratique très efficace en la matière. L’auteur suit quelques jours d’une retraite et, après s’être demandé si le fait d’être en permanence assailli par des pensée était normal, il en sortira pleinement détendu et prompt à ralentir ses gestes quotidiens notamment à prendre plus le temps de manger. Il a également ressenti des bénéfices sur sa créativité. Elle fait désormais partie de ses rituels quotidiens.

D’autres disciplines invitent à apaiser le corps et l’esprit tels que les arts martiaux, le yoga, le chi-kong (enchaînement lent de postures en lien avec le souffle), le Pilates et même la marche. Cette dernière invitent à la contemplation de l’environnement en même temps qu’elle apaise le mental, laisse naître des idées fructueuses et dégourdit le corps.

Chapitre 6 : La santé : médecine et patience

Carl Honoré évoque une douleur au bas de sa jambe droite et raconte comment il s’est tourné vers le reiki (imposition des mains pour faire circuler les énergies).pour traiter son problème après être passé par le système médical traditionnel. En sortant de la séance de reiki, il est plutôt déçu ne constatant aucune amélioration si ce n’est de la détente. Mais au bout de quelques jours, sa douleur s’estompe en même temps que l’enflure se réduit.

Il en vient aux conclusions suivantes (et à d’autres !) :
– le système médical tend vers un règlement rapide du problème sans écouter les patients, sans prendre en compte la globalité de leur contexte, juste en se centrant sur les symptômes.
– désormais des millions de personnes, sans renier la médecine traditionnelle, se tournent aussi vers les médecines alternatives telles que l’homéopathie, l’acupuncture ou encore l’ostéopathie.
– de nombreux généralistes envoient leurs patients vers les médecines alternatives.

Chapitre 7 : Quand l’amour prend son temps

Le sexe “lent” fait son chemin en empruntant la voie du tantrisme teinté d yoga et de méditation. Discipline spirituelle, le tantrisme “enseigne que le corps humain fait circuler l’énergie à travers les sept chakras ponctuant la colonne vertébrale de bas en haut, de la zone génitale au sommet de la tête.” Il invite à contrôler son souffle, à prolonger les préliminaires, finalement à contenir l’énergie sexuelle.

Le fait de moins travailler est une piste pour consacrer plus de temps au sexe. C’est en tout cas le constat qui est fait : “les couples font davantage l’amour en vacances”. Plus que la destination, c’est le chemin qui importe. Cette inspiration est plus que jamais en accord avec le “sexe au ralenti”. Faire l’amour avec lenteur en découvrant le corps de son/sa partenaire comme pour la première fois ou encore en livrant ses impressions sur telle ou telle zone effleurée. Le tantrisme invite à ralentir. Une démarche bénéfique pour certains couples, moins pour d’autres dont les différences seront exacerbées.

Chapitre 8 : Travailler moins dur, vivre plus heureux

Durant les vingt dernière années, le nombre d’heures travaillées a augmenté pour les américains et diminué pour les européens. Principalement dans les pays anglo-saxons, les “gens travaillent plus longtemps et plus dur qu’ils ne le voudraient”.

L’auteur nous pousse dans nos retranchements : “L’avidité sans fin pour les biens de consommation nous pousse à accumuler encore et toujours d’argent. Alors au lieu de convertir les gains de productivités en une forme de temps libre en plus, nous les prenons en surcroît de revenus.” Le travail est, pour la plupart des gens, bénéfique dans la vie mais il y a bien d’autres choses importantes autour comme la famille, la musique…

Travailler moins pour ralentir ? De nombreuses personnes ont franchi le pas sans ressentir de gros désavantage pécuniaire notamment en réduisant les dépenses liées au travail telles que les déplacements, déjeuners et autres. Une autre voie est celle d’une meilleure qualité de vie professionnelle. L’auteur raconte l’anecdote de la société Mariott qui proposa un projet pilote en invitant le personnel à quitter leur poste (et ce à n’importe quelle heure) dès que le travail était fait. Les entreprises s’éveillent à de nouvelles pistes Slow.

Travailler mieux ce serait aussi décider de sa gestion du temps, avoir plus de pouvoir sur ses horaires. “Les études montrent que, lorsque l’on a la sensation de maîtriser son temps, on est plus détendu, plus créatif et plus productif”. Il s’agit là cependant, d’un point délicat à mettre en pratique…Dans une démarche plus personnelle pour améliorer sa qualité de vie au travail, faire une sieste à la pause-déjeuner est un moyen de récupérer et de gagner en efficacité.

Chapitre 9 : Pour un art du temps libre

Le travail domine nos vies et nous avons quelque peine à apprécier tous les bénéfices de notre temps libre que nous cherchons toujours à combler par telle ou telle activité pratiquée dans l’urgence.

Et si nous nous essayions à des activités contemplatives ? Jardiner, lire, dessiner, chanter, jour d’un instrument… Le tricot, activité lente par excellence, a retrouvé ses lettres de noblesse. Le jeu des aiguilles invite à un état quasi méditatif. Plutôt que de se ruer sur la télécommande de la TV le soir venu (“le plus grand consommateur de notre temps libre”) ouvrons-nous à des activités plus authentiques qui vont dans le sens d’un esprit “lent”.  Consacrons notre temps libre à discuter en famille, à cuisiner, a faire une action bénévole et autres.

Chapitre 10 : Pour épargner à nos enfants la dictature de la vitesse

Carl Honoré approfondit le fait que de nos jours “les enfants grandissent plus vite” et que nous avons notre part de responsabilité dans ce phénomène. Nous avons notamment tendance à souvent presser les enfants, à vouloir leur réussite mais ils paient le prix de ce rythme accéléré. En jonglant entre toutes leurs activités, ils souffrent de troubles de la digestion, de l’attention ou encore du sommeil. Ils n’ont plus le temps de se détendre.

Aujourd’hui, de nombreuses personnes se mobilisent pour offrir un autre rythme plus “lent” aux enfants. Les écoles progressives ont vu le jour et propose une autre voie : revoir la notation, débattre en classe sur un thème, éviter le “par cœur” et bien d’autres. La Finlande invite seulement les enfants de 6 ans à rentrer à l’école et propose peu d’examens, sources de stress. Le pays est un modèle dans le monde entier sur l’éducation et l’alphabétisation.

Certains parents optent pour une autre option : l’enseignement à domicile autrement dit l’école à la maison. Une façon pour les enfants (et les parents) de trouver leur propre tempo. C’est une méthode d’apprentissage probante qui loin de désocialiser les enfants (certains parents créent un réseau) leur permettent de mieux gérer leur temps. “Des recherches ont montré que les enfants scolarisés chez eux apprennent plus vite et mieux que ceux qui fréquentent les salles de classe”.

Par ailleurs les enfants ont besoin de jouer. C’est même fondamental dans le développement de leurs capacités. Et par jeu, entendons-bien jeu libre et non dicté par quelque règle.

Conclusion : A la recherche du tempo giusto

“Beaucoup de gens ralentissent le rythme – en travaillant moins longtemps ou, mettons, en prenant le temps de cuisiner – sans avoir le sentiment de prendre part à une croisade mondiale. Pourtant, chaque petit acte de décélération est une pierre de plus à l’édifice.” Il n’y a pas de recette universelle, c’est à chacun de trouver son propre tempo, de ralentir pour retrouver son temps, renforcer ses liens avec ses proches, améliorer son bien-être et tendre vers un mieux-vivre.

Désormais Carl Honoré ne voit plus d’intérêt à l’”histoire-minute pour aller au lit” et a pris goût aux histoires “lentes”.

Critique de “Eloge de la lenteur”

De nombreux exemples éloquents, des expériences personnelles partagées, des références bibliographiques, historiques ou encore scientifiques qui appuient les propos de l’auteur. Une mine d’informations pour qui souhaite découvrir les tenants et aboutissants du mouvement slow.

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3 Responses

  1. Louis

    Bonjour Cindy,
    Super résumé du livre (que j’adore 🙂 ) de Carl Honoré !
    Lorsque je l’ai lu, tout sonnait juste à mes yeux. C’est vraiment l’une des bases importantes pour bien comprendre le mouvement Slow !! Sans compter le concept qu’il développe du Tempo Giusto ! 🙂

  2. Cristel FAUVEL

    merci pour ce résumé qui me donne envie de découvrir le livre. Hâte de lire les autres résumés de vos lectures.

    Bien à vous

    • laslowlife

      Merci beaucoup Cristel, cela me motive pour la suite des lectures !
      Nouvelle chronique à découvrir : “Tout s’accélère !” de Gilles Vernet 😉
      Bien à vous

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