Slow business : ralentir au travail et en finir avec le temps toxique

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Phrase-résumée du livre : “La gouvernance et le leadership sont des arts en pleine reconfiguration et se cherchent de nouvelles marques, de nouvelles façons d’aborder la réalité micro-économique à l’aune des profonds bouleversements mondiaux que nous connaissons.”

Chronique-résumé du livre

Par Pierre Moniz-Barreto, Slow business : ralentir au travail et en finir avec le temps toxique, Eyrolles, 2015, 206 pages.

Avant-propos

Pierre Moniz-Barreto partage l’événement qui a fait déborder le vase. Surchargé de travail à l’aube de l’ouverture d’une deuxième boutique de décoration d’intérieur à Bruxelles, complètement éreinté au volant de sa voiture, il est victime d’un accident de la route. Il en sort indemne mais une question naît alors : “Tout le temps que j’avais passé à boulonner comme un âne dans un couloir n’aurait-il pas plutôt dû être consacré à essayer de savourer la vie ?” Plus tard, il entame un changement de vie en suivant des études de théologie. Il tombe un jour sur la tendance du slow business et constatant qu’elle se développait à l’international mais pas encore en France, décide d’écrire ce livre.

Grille de départ

L’auteur souffle un vent d’espoir face à une accélération pesante dès le début de ce chapitre en indiquant que quelques “business leaders” secouent les habitudes professionnelles et réinventent les modes de travail. Il met à l’honneur “ces nouveaux gestionnaires du temps” qui ont su s’inspirer de figures thématiques telles que des judokas, naturalistes ou encore surfeurs pour créer de nouvelles méthodes professionnelles.

Carlo Pétrini, un éléphant dans un magasin de thermomètre

Journaliste et critique gastronomique, il crée le mouvement Slow Food en 1986 en réponse au fast-food. Des années plus tard, le mouvement a un succès grandissant et se porte en défenseur de la biodiversité alimentaire. Carlo Pétrini est ainsi devenu un modèle en matière d’alimentation “lente” mais est aussi un personnage inspirant en ce qui concerne le slow business : “[…] chacune de ses initiatives apparaît à posteriori comme la conséquence d’une inexpugnable volonté d’action associée aux bienfaits d’une lente maturation intellectuelle”.

En parallèle de ce portrait, l’auteur pointe du doigt le fait que la distraction est liée à la vitesse, tandis que la lenteur est lié au rythme, à la constance, à la persévérance.

“Une défense affirmée des plaisirs essentiels et calmes constitue la seule manière de lutter contre la folie universelle de la fast life.”

Naissance d’un phénomène

L’auteur évoque “la bascule des années 2000”. Il propose un état des lieux en quelques dates énumérant les cas de différents hommes et femmes d’affaires qui incarnent de belles réussites et promeuvent un business slow. Et ce, pas en doux rêveurs mais bien en s’appuyant sur leur expérience. Pierre Moniz-Barreto souligne le fait que “slow” ne signifie pas juste cool. Ce n’est pas une peinture de façade et désormais, les mots slow et business – ensemble – ont été intégré comme étant une nouvelle perspective.

Pourquoi le business est-il devenu si speed ?

Le XVIIIéme est le siècle du progrès, “de l’horlogerie et de la dissection du temps”. L’auteur rappelle que malgré le fait de sectionner le temps, on ne peut le maîtriser. Il évoque quelques clés historiques dont la construction de la première ligne de chemin de fer transcontinentale, la naissance de l’Organisation scientifique du travail (OST), l’informatique et les nouvelles technologies… Tous ces événement ont créé la culture du fast business qui, pour des raisons vitales, a été remis en question. Faire le meilleur usage du temps et de l’argent, voilà une voie explorée au XXIème siècle par des business leaders précurseurs.

Marre d’être ce lièvre qui perd la course ? Finissez-en avec l’illusion du speed !

Soyez le chef d’orchestre de votre activité

Un focus est fait sur Carl Honoré, auteur notamment de “Eloge de la lenteur”, best-seller mondial. C’est le premier à avoir consacré une partie de ses écrits au slow business. Il propose des pistes pour intégrer le slow au travail dont une “plus grande liberté de choix dans les horaires”, de “nouvelles flexibilités et un choix plus vaste des modes de travail” ou encore l’importance de l’écoute. Autre point majeur de son livre, la notion de tempo giusto qu’il illustre avec le cas d’Uwe Kliemt, pianiste virtuose. Il s’agit là de mettre en œuvre “la maîtrise des rythmes”.

A ce propos, Jacques Porte, un musicologue et compositeur de formation, a mené de nombreuses expériences en milieu clinique. Il précise entre autres conclusions épatantes la notion de tempo : “Ainsi la nature profonde d’un individu s’exprime dans le tempo mais son intentionnalité s’exprime plus particulièrement dans le rythme : au croisement de la liberté et du contrôle. Le rythme doit nous permettre de distinguer entre : les temps forts et les temps faibles.”

Pierre Moniz-Barreto propose alors de faire chacun sa propre expérience du temps avant de pouvoir la mettre en pratique au travail et nous délivre ainsi quelques pistes à mettre en pratique : “Inutile de prétendre manager qui ou quoi que ce soit sans avoir progressé – sur le terrain du temps essentiel et de ses avatars : temps faibles, espaces de lenteur, pauses, intervalles, concentration et intériorité.”

En résumé : “Dirigez vos activités en chef d’orchestre.” La vitesse n’est pas une garantie de performance, la décélération permet quant à elle de l’améliorer, les temps faibles sont souvent les plus productifs.

Optez toujours pour la solution du judoka

Pour amener une piste nouvelle en faveur du slow business, l’auteur cite Jason Fried businessman reconnu (Rework, réussir autrement, Maxima,2012) : “Trouvez de préférence une position de judoka, c’est-à-dire une solution qui comporte un maximum d’efficacité pour un minimum d’effort. Quand vous vous heurtez à un obstacle, essayez toujours de trouver une solution de judoka.” Cet extrait fait barrage à la tentation du perfectionnisme. Jason Fried, dans cet ouvrage, délivre des clés pour lutter contre le temps toxique et ainsi optimiser le rapport énergie-temps :
– se réserver de longues plages de temps de solitude pour éviter d’être interrompu.
– éviter les réunions à répétition et faire en sorte qu’elles soient réellement productives.
– se dispenser d’un excès de travail qui est souvent contre productif et privilégier la qualité du temps de travail à la quantité.
– requalifier les “urgences” qui n’en sont souvent pas et qui génèrent plus de stress qu’autre chose.

Autre portrait, celui de Thierry Marx, chef étoilé, qui explique appliquer les codes du judo dans le management de son équipe que sont “le contrôle de soi, la sincérité, le courage et l’amitié”. On découvre alors quelques pages sur les arts martiaux et leur inspiration slow. Pour optimiser le rapport énergie-temps, Pierre Moniz-Barreto nous présente le budo, règle des samouraïs qui invitent à mêler arts rapides et arts lents.

En résumé : utiliser le temps dédié au travail avec parcimonie pour ne pas le gâcher, écarter le perfectionnisme et lutter contre le temps toxique.

Adoptez la vision des naturalistes

L’auteur dresse le portait d’Yvon Chouinard, alpiniste et surfeur passionné et président fondateur de l’entreprise Patagonia. Il évoque le livre qu’il a écrit à propos d’un management alternatif : il explique à quel point cet homme, par la pratique d’activités outdoor, est relié aux rythmes de la nature et a su appréhender la notion de tempo giusto.  “Il dit passer 90% de son temps dans la nature sauvage […]”. Il a su poser un regard naturaliste sur son entreprise. Il invite, selon leur objectif, les entrepreneurs à “aimer et favoriser le changement” et même à anticiper et provoquer les évolutions, et aussi à développer la maîtrise du temps équilibré (à mi-chemin entre vitesse et lenteur, le tempo giusto en fonction des circonstances). L’économiste Robert H. Frank confirme le propos en ayant la conviction que les théories naturalistes vont peu à peu remplacer les théories économiques.

L’auteur développe en ce sens les voies du biomimétisme et de la chronobiologie comme approches visant à instiller les phénomènes naturels dans nos organisations et méthodes de travail. “Mieux gérer son énergie au quotidien” est une piste qui en est extraite notamment en s’offrant des pauses pour respirer, en se réservant des sas de décompression et en écoutant son corps. Autres pistes extraient cette fois-ci du livre du consultant Pat Brans (Master the Moment : 50 CEO’s Teach You the Secrets of Time Management) : noter de petites tâches aisées à réaliser et les traiter par exemple après une réunion éprouvante, pratiquer une activité physique régulière (en faire un rituel), réserver des créneaux définis aux tâches relationnelles, s’offrir des moments de “rien” pour laisser aller ses pensées en toute sérénité. Autres idées, analyser son énergie au quotidien en repérant les moments de la journée où on est le plus productif et en tirer partie pour optimiser le rapport énergie-temps.

En résumé : diriger son entreprise en naturaliste, développer ses capacités d’adaptation, retisser le lien avec la nature et s’y ressourcer, y puiser l’inspiration, “respecter le plus possible les particularités chronobiologiques de chacun […]”.

Osez l’iconoclasme des briseurs d’idoles temporelles

Le ROWE est un système de management, créé par deux femmes d’affaire, Cali Ressler et Jody Thompson, “où les employés sont autorisés à prendre pleinement le contrôle de leur temps professionnel : ils décident de façon autonome de leur agenda de travail et ne sont plus évalués au temps de présence mais uniquement au résultat.” En mettant plus de confiance “entre adultes responsables”, cette méthode améliore la productivité globale et fait grimper “le taux de satisfaction et de fidélité à l’entreprise”. Pour illustrer la mise en place du ROWE, Pierre Moniz-Barreto présente LiveOps, une entreprise dont les employés travaillent tous de leur domicile. Un système qui bénéficie autant aux employés qu’aux entreprises, cependant il n’est pas évident à mettre en place notamment selon le secteur de l’entreprise. “Conclusion : une plus grande flexibilité n’est compensable que par un plus grand sens des responsabilités, lequel suppose une solide éthique professionnelle, dont il n’est pas toujours facile de s’assurer ou qui reste délicate à mesurer, même par les résultats.” Pourtant le système opposé reward on time visant la récompense au temps passé à travailler “a montré de sérieuses failles”. Le ROWE a alors son mot à dire et s’est d’ailleurs largement développé aux Etats-Unis. Une démarche innovante qui s’allie au slow business et se dessine comme le futur de l’entreprise.

En résumé : confiance et efficacité plutôt que contrôle du temps, valoriser ainsi le temps productif, faire l’essai de la mise en place à petite échelle d’horaires plus souples.

Le paradoxe de la tortue victorieuse : quand la lenteur permet de gagner

Lancez la tortue qui est en vous dans la course au business

Dietrich Mateschitz, cofondateur de Red Bull Racing, fait son entrée dans l’ouvrage. Adepte de vitesse et d’adrénaline, il déclare pourtant “Ce n’est plus le pilote le plus rapide qui gagne !” en faisant référence à l’importance capitale de la gestion des ressources et plus particulièrement des pneumatiques. Il ajoute “si nous avions poussé la voiture à son maximum, il nous aurait fallu dix à quinze arrêts par course.” Un joli parallèle avec notre propre “machine”, notre corps.

L’auteur enchaîne alors sur la notion d’endurance “au cœur de réussites sereines”. Il nous livre quelques inspirations issues des réflexions de l’homme d’affaires Jason Fried, préalablement évoqué, à savoir :
– “Se montrer alerte et réactif”
– Ne pas procrastiner
– “Ne pas laisser passer le flash de l’inspiration”
– “Nourrir les cours de fond par de petites victoires régulières”

Nouvelle étude de cas autour d’Eileen Fisher, femme d’affaires emblématique de la mode new-yorkaise, qui a mis en place de multiples mesures pour une gestion éthique de son entreprise. Parmi ses inspirations, l’idée de porter une attention singulière aux personnes : “J’ai appris que la seule façon qui me permettait d’être pleinement présente pour quelqu’un était que je prenne en premier lieu soin de moi-même. Je prends du temps chaque jour, même si ce n’est que quelques minutes, pour clarifier mon esprit, pour m’arrêter, pour m’étirer, pour respirer. Cela m’aide à me rappeler ce qui est important.”

En résumé : ne plus se focaliser sur la vitesse comme facteur de réussite et miser sur une croissance progressive, apprivoiser en ce sens la patience et appliquer l’endurance.

Agissez en maîtrecompagnon

Pierre Moniz-Barreto nous parle à présent de compagnonnage, “ensemble de corporations professionnelles, formées d’artisans spécialisés de haut niveau”. Une solide éthique professionnelle qui s’appuie sur deux principes fondamentaux : “le respect du temps et le devoir de chef d’œuvre” à qoui s’ajoute la notion de voyage à pied pour affiner son art auprès de maître en la matière mais aussi pour s’enrichir personnellement. En améliorant son art l’on améliore sa personne, l’on progresse à tout point de vue. Ce professionnalisme illustre bien la notion du “travail bien fait”.

En résumé : “Privilégiez l’amour de “la belle ouvrage” dans votre activité.”, offrir de l’importance et de la place aux temps d’apprentissage.

Adoptez la posture magique du surfeur

L’auteur s’appuie sur l’expérience d’Yvon Chouinard, cité précédemment, “viscéralement opposé à cette vision scolaire et administrative qui consiste à obliger les employés à effectuer un certains nombre d’heures de manière fixe sous peine de punition”. Selon lui, les employés doivent se sentir libres d’aller surfer quand les vagues sont bonnes ! La notion de plaisir au travail est pour lui fondamentale. Un management qui met à l’honneur la confiance du dirigeant pour les employés et qui, même soumis à l’abus d’un faible nombre de salariés, est d’une efficacité remarquable.

Selon Fredrik Arnander, entrepreneur suédois reconnu, les slow companies sont fondées sur 4 principes :
– Se détourner de l’idée de succès fulgurant et préférez une croissance lente et progressive.
– Profiter d’un temps au départ de mise au point pour bien faire les choses.
– Savoir attendre, repérer le moment venu du point d’accélération (de la croissance rapide) tout en s’y préparant.
– Miser sur le long terme et privilégier “la croissance organique à la croissance forcée”.

En résumé : savoir être lent pour gagner en rapidité !

Soyez un guerrier du kairos !

L’auteur nous invite à lever la tête du guidon, à s’inspirer de l’Histoire et plus précisément de l’époque de la Grèce antique en s’intéressant à deux notions complémentaires : phronein, “penser sainement”, et kairos, l’idée de “perception de la bonne solution pour agir au bon moment”. En s’appuyant sur ces principes, l’auteur met en relief le fait que notre vision chronométrique du temps (sectionner le temps, instaurer des délais, etc.) a créé la sensation de ne jamais en avoir assez.

Pierre Moniz-Barreto explique alors les conditions favorables au kairos. Il s’appuie sur 3 types de latence qui ont été établies par Richard Hackathorn :
– la latence de données (récupérer, traiter et stocker des données)
– la latence d’analyse
– la latence d’action

L’idée est bien là de baser des décisions stratégiques sur la patience et l’analyse affinée en prenant le temps d’étudier les bonnes données.

En résumé : étudier calmement une situation et savoir attendre le bon moment pour agir, laisser la place à la lucidité, instiller des moments de créativité au cœur de routines figées, savoir prendre du recul, amener de la nouveauté dans ses conditions de travail.

Guide pratique du slow business

Plus qu’une façon de voir, le slow business est une façon de faire. L’auteur développe cette réflexion à travers dix fondamentaux :
1) Ce qu’est le slow business
2) Ce que n’est pas le slow business
3) Favoriser le temps partiel, le temps souple, le temps nomade
4) Favoriser le temps de la gestation
5) Favoriser le temps de la vision
6) Favoriser le temps de l’écoute
7) Gagner en capacité de discernement
8) Développer et mettre en pratique son intuition
9) Rechercher le kairos
10) Savoir dire non

Pierre Moniz-Barreto nous délivre des outils pratiques de slow business :
– Aménager des pauses bénéfiques
– Pratiquer la déambulation contemplative
– Pratiquer des exercices variés de méditation
– Dans la mesure du possible, pratiquer un temps de sieste
– De temps en temps, avoir recours au décrochage total
– De temps en temps, avoir recours à l’extraction totale (un changement de décor de travail temporaire mais franc)
– Réduire au maximum le screen-time… et aménager des zones “zéro-tech”
– Aménager des zones “alter-actives” (jardiner, faire de ses mains…)
– Pratiquer la “retombée de la vase” (ne rien faire ou presque)
– Pratiquer le sommeil du juste (ou “dormir dessus”)

De nombreuses références sont ensuite présentées pour aller plus loin.

Ligne d’arrivée

Pierre Moniz-Barreto évoque l’exception française. Il propose deux axes de progression qu’il serait intéressant de mettre en pratique en France : “la bataille contre le présentéisme et le domaine de la chronobiologie”. Il expose le cas d’une TPE française (hébergeur informatique) qui invite notamment ses salariés à “accorder leur rythme de travail sur leurs rythmes biologiques”.

L’auteur précise qu’il a mis un point d’honneur à multiplier les exemples de cas dans ce livre afin de prouver à quel point le slow business “n’est pas une fumée théorique”.

Critique du livre “Slow business : ralentir au travail et en finir avec le temps toxique

Une galerie de portraits, d’études de cas, de réflexions, de conseils, d’outils… Une véritable mine d’or pour apprendre à ralentir au travail. Très pratiques les résumés de chapitre qui, par définition, rappelle les clés à retenir. Les études de cas viennent appuyer le propos de l’auteur et démontrer à quel point le slow business a de beaux jours devant lui tant il a mené à des succès durables. Le fait de transposer différents concepts piochés dans différents domaines amène une vraie valeur ajoutée à ce livre. L’auteur transpose par exemple la pratique du surf à la vie professionnelle (et personnelle !) : “le fait de savoir attendre patiemment la bonne vague et de savoir la prendre au bon moment est la condition sine qua non d’un ride réussi”. En fin d’ouvrage les dix fondamentaux du slow business énoncés par l’auteur représentent une feuille de route à garder précieusement sur le coude et surtout à mettre en pratique.

Découvrez ici “Slow business : ralentir au travail et en finir avec le temps toxique” de Pierre Moniz-Barreto.

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