Chronique slow n°8 : Ralentissez, choisir la lenteur et réapprendre à vivre

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Phrase-résumée du livre : “[…] la spécificité du militantisme slow repose sur sa résistance à la vitesse et à la vision court-termiste majoritaire aujourd’hui, en favorisant la lenteur, inséparable d’un authentique développement durable.”

Chronique-résumé du livre

Par Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel, Illustrations Anne Defréville, “Ralentissez : choisir la lenteur et réapprendre à vivre”, Dunod, 2018, 176 pages.

Introduction

Les auteurs nous proposent de partir à la reconquête de notre temps en se posant les bonnes questions et en offrant des solutions face au rythme actuel plutôt que des constats.

“Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.”

Voilà une première invitation : s’inspirer de ce mantra de Mark Twain pour adopter un mode de vie slow. Face à nos excès de vitesse, les auteurs nous interrogent : le moment n’est-il pas venu d’opter pour une société plus fraternelle, égalitaire et respectant les libertés de tous ? Une réflexion par ailleurs : la course chronophage entraîne inévitablement la perte de sens de nos actions.

Est-on adapté à ces excès de vitesse ?

Déconnectés de notre environnement immédiat, nous sommes aussi déconnecté des rythmes naturels. Il est temps de cesser “l’expérience de l’usure de soi”.

Test : quel est votre rapport au temps ?

Les auteurs propose un auto-diagnostique pour commencer. Parmi les 14 points évoqués :

“Vous avez rendez-vous avec un ami :
a) Vous partez de chez vous à l’heure du rendez-vous.
b) Vous prévoyez une marge de sécurité d’une demi-heure, au cas où…
c) Vous arrivez à l’heure pile.
d) Surtout vous ne voulez pas faire attendre votre ami.
e) Vous annulez au dernier moment.”

Selon le report de vos réponses, vous aurez une idée plus précise de votre relation au temps et de ses conséquences sur votre vie. Un test qui a pour simple objectif d’amorcer une réflexion personnelle sur le sujet.

1. Le temps s’accélère-t-il ?

A la mesure du temps qui passe

Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel nous expliquent notre relation au temps à travers l’Histoire notamment en mettant en lumière l’invention de l’horloge mécanique améliorée d’un cadran et d’une aiguille au XVIIème siècle. “[…] le temps était définitivement prisonnier”. Au cours des améliorations en la matière, entre autres sur la précision, une dépendance envers le temps s’est instaurée.

Un peu d’histoire…

L’aspect sacré du temps a renforcé son pouvoir sur nous. Dans le bouddhisme et l’hindouisme, la vision du temps est cependant cyclique. Ainsi “à quoi bon s’agiter et se presser puisqu’il n’y a ni début ni fin mais une tranquille et sereine continuité ?”. De même avant l’industrialisation et la mécanisation, le travail de la terre invitait à suivre le rythme des saisons. Mais les innovations technologiques dans divers domaines, notamment automobile, ont poursuivi l’objectif de gagner du temps. Les auteurs pointent du doigt l’aspect positif du numérique mais aussi ses dérives. La conclusion est sans appel : le progrès incite à gagner en productivité, à faire toujours plus dans un temps imparti. A l’image de la communication quasi-instantanée via les mails par exemple “la technologie moderne rime avec vitesse supersonique”. Les auteurs s’interrogent sur le fait de faire preuve d’archaïsme, de nier le progrès en se réservant des pauses simplement pour prendre du recul.

Du côté de la psychologie

Nous ne savons plus attendre. Le “Tout, tout de suite” nous pousse à multiplier nos actions en un minimum de temps. Les auteurs nous parlent de ce désir de performance qui pousse à l’excès et qui induit des pathologies diverses liées au stress.

De l’impatience et du caprice

Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel nous expliquent comment le fait de ne plus intégrer de limites, de “non” dans l’éducation des enfants conduit à générer des adultes tout-puissants, avec le souci de satisfaction immédiat face à la patience. Les auteurs émettent ainsi l’hypothèse que “le recul de l’autorité qu’on observe dans les familles depuis une trentaine d’années” ait en lien avec notre rythme effréné. La peur du vide est alors évoquée comme raison à la multiplication de nos activités. “Ainsi, nous vivons dans une temporalité maximisée, ultra-remplie.” Mais ce mécanisme de défense ne résout rien, bien au contraire.

Une vie de dingue !

Ce rythme infernal que l’on s’impose ne parvient pourtant pas à nous épanouir. Comme le précisent les auteurs, on en perd le sens de nos actions n’ayant plus le temps de la réflexion, de la prise de recul. Qui plus est, on somatise et les risques pour notre santé se présentent. Stress, anxiété, insomnies, dépressions, entre autres, sont les conséquences de notre suractivité. La rapidité est génératrice d’autres troubles. On ne cuisine plus, on se remplit de nourriture ce qui peut conduire à l’obésité. Nos relations humaines se ternissent et laissent place à la solitude : “Or si l’on perd le lien avec les autres à cause de l’hyperconnexion, tôt ou tard, c’est avec soi-même que l’on perdra toute connexion.”

Tout pour moi, rien pour les autres

L’individualisme et la réalisation personnelle promus aujourd’hui invitent à avoir plusieurs vies en une, à être sportif, à voyager, à suivre différents cours… “Nous voilà donc captifs de plannings surchargés, victimes de nouvelles obligations existentielles.” Les auteurs précisent que les personnes âgées et les enfants subissent tout particulièrement le rythme imposé.

Respecter les rythmes de chacun

Nous n’allons pas tous au même rythme et ce n’est pas pour autant que certains doivent rester sur la touche. D’ailleurs les auteurs assurent que chacun d’entre nous à un moment donné envisagé d’être la tortue (qui arrive la première dans la fable de la Fontaine) plutôt que le lièvre et que ce livre a pour ambition de laisser s’exprimer cette intuition. Dans un sondage Ipsos de 2011 “Le Slow, ou l’aspiration des Européen à ralentir”, 77% des répondant souhaitaient ralentir leur rythme de vie. Les auteurs enfoncent le clou en ajoutant que décélérer est un moyen de “restaurer notre autonomie, notre capacité à comprendre le monde qui nous entoure et mieux analyser nos actions”.

2. Savoir utiliser son temps

Décélérez pour vivre autrement

Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel nous incitent à partir à la reconquête de notre temps et à retrouver du sens dans nos actions ! Pour cela, ils nous proposent de s’éloigner des écrans et de réfléchir un instant à l’orientation que l’on souhaite donner à une vie plus slow notamment en se demandant ce que l’on compterait faire du temps libre gagné. L’occasion de faire le point sur ses envies, ses rêves, ses frustrations à maîtriser et autres. Pour être clair : cet exercice consiste à identifier et à mettre à l’honneur ses priorités existentielles, à savoir les choses qui sont les plus importantes à nos yeux telles que la famille, une passion, le travail… Une hiérarchisation essentielle car si l’on ne se consacre pas en priorités à ses valeurs essentielles, nous comblons notre temps de broutilles.

Concilier rêves d’enfant et tâches quotidiennes

Les auteurs nous accompagnent alors dans ce cheminement pour mettre en lumière ses valeurs existentielles. Le passé est notamment source de réponses. Parmi les plus ou moins nombreux abandons (avoir arrêté la peinture, avoir renoncé à certaines études, etc.) qui le jalonnent, on peut découvrir une piste essentielle qui nous manque aujourd’hui pour être épanoui. Car l’objectif est bien de “dessiner un avenir, plus lent, plus serein, recentré sur ce qui compte authentiquement pour vous”.
1) Un tableau est alors proposé pour réveiller ses rêves enfouis en notant en tant qu’enfant, adolescent puis jeune adulte ce que l’on aimait, ce que l’on aimait pas, ce que l’on aurait beaucoup aimé.
2) Autre exercice suggéré : écrire sur une feuille les dix activités les plus réalisées dans la semaine (accompagner les enfants à l’école, préparer le repas, assister à des réunions professionnelles, faire du sport, etc.). En face de chaque activité inscrivez un “moins” s’il s’agit d’une obligation, d’une action subie et un “plus” s’il s’agit d’une action choisie et agréable. L’idée est d’avoir au moins deux activités dans votre liste qui soient positives : “On estime que 20% de ce temps libre, au sens plein et premier du terme, suffit à nous faire supporter 80% de temps régenté par les impératifs de toutes sortes.”

Qu’aimeriez-vous changer dans votre vie ?

Dans cet élan pratique, un nouvel exercice est proposé pour identifier des pistes d’épanouissement personnel. Pour cela, il suffit de mettre une note entre 0 et 5 face à différentes affirmations dont “Je suis heureux dans ma vie.”, “J’aime fréquenter du monde.”, “J’aime mon travail.”, “Je ne sais rien faire.”, “Je me sens en forme pour faire ce qui me plaît.”. Cela permet de mettre en lumière votre taux de satisfaction par rapport à votre vie actuelle. Le tout est de prendre conscience des insatisfactions dans certains domaines qui peuvent influencer les autres et de chercher ainsi un équilibre. Pour faire évoluer sa vie dans le bons sens, certaines questions peuvent aider lorsqu’on y répond avec sincérité, par exemple : “Si vous en aviez la possibilité, seriez-vous prêt à changer de travail, même si vous deviez gagner un peu moins ?”. Les auteurs précisent qu’il s’agit là de trouver un équilibre entre contraintes et loisirs, d’apprivoiser le temps pour rendre ses rêves possibles.

Faites le point sur vos éventuelles dépendances

Les auteurs mettent en garde le lecteur à propos des paradis artificiels, des drogues qui font planer, qui ne sont efficaces ni pour se connecter à ses désirs profonds, ni pour orienter sa vie. Une fausse lenteur en somme. De même pour la consommation d’alcool, de cigarettes et autres psychotropes.

Si le doute vous gagne…

Asseoir sa motivation sur une véritable volonté de ralentir plutôt qu’en s’appuyant sur de rapides recettes pour décélérer. Les auteurs nous invitent à “trouver le courage de changer”. Pour cela, des pistes sont proposées :
– faire la liste de tous les atouts que nous possédons pour réussir.
– quel moment serait le plus propice pour débuter un changement.
– imaginer sa vie une fois que l’on a levé le pied et que l’on a renoué avec ses vrais plaisirs.

Test : êtes-vous fait pour la slow life ?

Il s’agit là “d’évaluer votre capacité à ralentir” en répondant à 20 questions dont “Savez-vous rester dans votre canapé plus d’une heure à discuter avec vos proches ?”. Les auteurs proposent ensuite de vivre l’art de la lenteur dans tous les domaines de notre vie en s’appuyant sur les cas pratiques qui suivent.

3. S’exercer à la lenteur

L’Italie, le berceau du mouvement Slow

“La lenteur est en marche” nous annonce les auteurs. De vrais militants slow qui s’engagent aux quatre coins du monde au sein de différents mouvements associatifs. En tête des pays ayant décidé de mettre la lenteur à l’honneur : l’Italie et le Slow Food, premier mouvement slow créé en 1986 par Carlo Pétrini.

La Slow Food

Avec plus de 100 000  membres, le mouvement international Slow Food invite à la lenteur alimentaire en préservant des savoirs-faire locaux, des terroirs et en éduquant au goût. S’élever contre les excès et prôner “le plaisir et la vertu de la modération”. Slow Food joue un rôle politique en intervenant notamment dans les débats sur la politique agricole commune (PAC) à Bruxelles.

Quand la politique se met au service d’une sieste géante aux Etats-Unis

Pour reconquérir le temps perdu, Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel  nous parlent de la Take Back Your Time Day qui a lieu depuis 2003 le 24 octobre et qui consiste entre autres en une sieste géante. Une sieste publique où chacun ramène son oreiller au cœur de quartiers financiers de différentes villes américaines. Une journée ponctuée de repas lents, de séminaires, de rédaction de propositions de loi (par exemple sur la protection du temps personnel des travailleurs). Au Canada, c’est le Réseau Québécois pour la Simplicité Volontaire (RQSV) qui a élu le 21 juin comme la journée internationale de la lenteur. L’occasion d’un test grandeur nature “pour chercher un mode de vie moins dépendant de la vitesse et de l’argent.” Car les auteurs le précisent : “C’est en allant moins vite que vous pourrez mesurer et éventuellement admettre la nécessité de mettre en place un mode de vie plus lent. En donnant du temps au temps, on apporte avant tout un respiration salutaire à notre mise en apnée quotidienne.”

Les Cittaslow

Parmi les initiatives slow, les auteurs nous présentent le mouvement Cittaslow, né en Italie en 1999. Parmi ses objectifs, celui d’améliorer la qualité de vie de ses habitants notamment par “la valorisation de la mobilité douce, la création de zones piétonnes, la défense des commerces de proximité et des produits du terroir”. Un art de la lenteur appliqué aux milieux urbains. L’une des villes lentes qui a vu le jour en France a été initiée par la fille de Pierre Rabhi, Sophie Rabhi-Bouquet. Le Hameau du Buis se situe en Ardèche et  propose notamment une école dite démocratique.

Du bon usage de l’ennui

Et si l’ennui était aussi une utilisation efficace du temps ? C’est ce que nous expliquent Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel en nous invitant à nous asseoir sur un fauteuil et à ne rien faire (ni télécommande, ni livre), juste à suivre les divagations de son esprit. Ils précisent que l’ennui est enrichissant car il permet de “se reconnecter avec sa part d’enfance et avec son imagination si fertile dans ces années-là”. L’occasion de laisser émerger des idées, de penser des projets, d’avoir des déclics.

Et si l’ennui était formateur…

Les auteurs écrivent que l’ennui est important chez les enfants. Il permet de développer l’autonomie et la créativité. Lorsque l’enfant joue seul, il se relie à ses ressources personnelles, renforce sa confiance en lui.

Prenez votre temps avant qu’il ne vous emporte !

C’est à chacun de trouver ses réflexes slow. Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel précisent que pour certains ce sera la sieste, pour d’autre un bain, la méditation, la flânerie pédestre, l’art zen. Des activités qui permettent de décélérer.  Ils invitent le lecteur à ne pas porter de montre le temps d’une journée (tout en consultant l’heure sur l’ordinateur, à la demander dans la rue…). “Une façon d’intérioriser le temps plutôt que de le subir, de le contrôler plutôt que de le laisser vous contrôler.”

Les divers bénéfices de la lenteur

“En s’octroyant le droit d’aller moins vite et de lever parfois le pied, c’est la qualité de vie dans son ensemble qui s’améliore.” Pour étayer leur propos, les auteurs prennent l’exemple d’une personne qui s’accorderait un sas de décompression (en flânant dans un jardin ou ailleurs) en fin de journée entre le bureau et la maison. Cette maman-là, plus disponible, enrichira sa relation avec ses enfants. Tandis qu’une maman pressée dès la sortie du travail risquera d’être plus stressées et énervée et ainsi d’entretenir une relation de mauvaise qualité avec ses enfants “et beaucoup de temps perdu…”.

4. Nos ennemis à la lenteur

Les petites voix intérieures

Les auteurs nous invitent à neutraliser les voleurs de temps autrement dit les éléments perturbateurs mangeurs de temps. Parmi ceux-ci, les petites voix qui nous imposent des contraintes et qu’il est essentiel de savoir repéré pour mieux les gérer. Taibi Kahler, un psychologue américain, a identifié les cinq injonctions les plus courantes expliquées dans les pages qui suivent.

Dépêche-toi !

Une injonction intégrée enfant qui continue à infuser à l’âge adulte. “Pour ces esclaves du “dépêche-toi”, toute chose prend sa valeur dans la précipitation. Une action effectuée en prenant son temps ne saurait être importante ou valorisante, c’est même presque une faute.” Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel  précisent qu’il est bon de faire la sourde oreille lorsque cette petite voix se fait entendre et de relativiser “A quoi bon ?”.

Sois parfait !

Cette injonction crée des perfectionnistes souhaitant tout maîtriser et qui ont du mal à prendre du recul. Un manque de confiance se cache inévitablement derrière cette attitude. Les auteurs proposent à titre d’exemples de relire un rapport deux fois plutôt que quatre ou encore d’accepter qu’il y ait parfois un faux pli lors du repassage, ce qui permet de gagner de précieuses minutes pour soi.

Fais-moi plaisir !

A force de toujours dire “oui”, on peut facilement être débordé et se retrouver à faire des choses qui ne nous correspondent pas. Il est temps de transformer cette habitude !

Essaie encore !

Cette injonction implique forcément de la difficulté et des contraintes envers toute entreprise. La prochaine fois que cette petite voix se manifeste, les auteurs préconisent d’écouter plutôt la voix qui invite à “perdre” son temps, au plaisir, à la rêverie voire à l’ennui.

Sois fort !

Prendre sur soi et serrer les dents alors que l’on pourrait grapiller de précieuses minutes en faisant appel à quelqu’un… Il n’y a pourtant rien de déshonorant à demander de l’aide rassurent les auteurs. C’est faire preuve d’humilité que de reconnaître que l’on ne peut pas tout savoir. Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel  nous conseillent de changer cette habitude à la prochaine occasion qui se présente.

Déculpabilisez !

Les auteurs ajoutent que ces injonctions fonctionnent toute sur le même principe : elles jouent sur la culpabilité. “Pour conquérir la lenteur, il va donc aussi vous falloir conquérir votre liberté, vaincre cette culpabilité qui vous empêche de vivre comme vous le voudriez tout bonnement, à la vitesse de l’escargot si cela vous chante ! […] ne pas être un fonceur est une tâche d’autant plus difficile dans notre société, où on l’a vu, la lenteur n’a pas toujours bonne presse.” Ainsi nous sommes nombreux à culpabiliser en nous installant sur une chaise longue loin de notre smartphone. Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel  conseillent d’évincer la culpabilité qui représente un frein pour changer. Par exemple lorsque l’on décide de faire une sieste, apprendre à s’y tenir plutôt qu’à écourter ce moment en pensant à tout ce que l’on a à faire. “Apprenez petit à petit à entrer en résistance contre la culpabilité. C’est elle la pire ennemie de la douceur de vivre.”

Connaissez-vous la bande des chronophages ?

Il existe d’autres mangeurs de temps. Alec MacKenzie, un chercher américain a initié un projet réunissant les principaux chronophages de différents responsables en une liste. Parmi eux :
– Appels téléphoniques imprévus ou inutilement longs
– Démarches administratives, personnelles et familiales
– Entretiens, réparation de machines en panne
– Rendez-vous où il faut conduire les enfants
– Ménage, courses, cuisine
– Tendance à en faire trop, perfectionnisme à outrance
– Priorités et objectifs confus, changeants.

Mes voleurs de temps

Les auteurs mettent en lumière deux principaux voleurs internes : “l’incapacité à dire non et la délégation insuffisante”. “Autrement dit, le manque de temps ne vient pas seulement d’ailleurs et des autres… mais bien souvent de soi.” Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel  nous proposent de démasquer les voleurs de temps pour leur faire restituer leur butin.

Mieux vaut la paix que la guerre

Parmi le temps inutilement gaspillé, un point est fait sur les relations humaines conflictuelles. Les auteurs précisent que c’est la répétition régulière de conflits au bureau ou à la maison, qui représente du temps perdu. Apprendre à gérer ces conflits apparaît essentiel pour gagner du temps et évoluer dans une atmosphère harmonieuse. Pour cela, une piste fondamentale est évoquée : la communication. Les auteurs présentent un triptyque gagnant : “parler, écouter, échanger”. Une communication saine et efficace qui sera utile pour échanger autour de son projet de changement vers plus de lenteur. D’autant que l’écoute et l’attention seront aussi appréciables au sein du couple.

Le Slow Sexe

Une invitation à ce que la sexualité ne se résume pas à la performance. “Idéalement, la relation entre les partenaires devrait tendre vers l’accomplissement mutuel d’un idéal de l’amour, autour d’un sentiment profond de sécurité et de confiance en l’autre.”

Test : “Êtes-vous prêt pour le Slow Sexe ?”

Le Slow Sex, basé sur l’approche tantrique, implique une plus grande présence à l’autre. Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel  propose un test pour découvrir si cette approche peut nous correspondre. 20 affirmations auxquelles répondre par ou ou par non. Parmi celles-ci : “Le plus stimulant pour moi, c’est le plaisir de l’autre.”, “S’embrasser est un passage souvent nécessaire à une bonne relation sexuelle.”, “L’amour c’est comme le cinéma ; quand on n’y va plus, on perd le goût des films !”

5. Faire mieux et plus lentement au travail

Le Slow Management

Trouver son rythme personnel, voilà ce à quoi nous invitent les auteurs notamment au travail. Le slow management, qui met à l’honneur l’humain, prône notamment un management de proximité. Certaines entreprises en ont intégré les principes à l’image de réunions participatives, de flexibilité horaires notamment par le télétravail.

Le temps du passage à l’acte

Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel  nous proposent de passer à l’action en mettant en pratique 8 pistes slow au travail.

Lâcher prise

L’exercice : s’offrir 5 minutes dans une posture confortable et laisser divaguer son esprit. “Des études ont montré que l’esprit se montre beaucoup plus vif quand il sort d’une période d’accalmie.” Les auteurs précisent par ailleurs que depuis le 1er janvier 2017 “le droit à la déconnexion” est entré en vigueur. L’idée est de détacher sa vie personnelle et professionnelle en ne répondant plus aux mails professionnels en dehors de sa journée de travail.

Priorisez vos tâches

Hiérarchiser ses tâches quotidiennes. Une autre piste soulignée par les auteurs. Ils conseillent d’établir quotidiennement une liste de tâches à accomplir dans la journée en commençant par “le plus compliqué, le plus nouveau, ce qui est long à faire et nous déplaît” afin d’éviter de se retrouver en fin de journée avec les actions les plus déplaisantes. Le fait de hiérarchiser ses tâches quotidiennes permet par exemple de traiter l’important avant l’urgent, ce qui est nouveau pour nous avant ce que nous savons faire.

Apprenez à déléguer vraiment

Une piste à apprivoiser aussi sous la forme d’une liste en indiquant les tâches que l’on réalise et celles qui pourraient être gérées par d’autres membres de l’équipe ayant les compétences nécessaires. On fait la part des choses entre ce que l’on conserve et ce que l’on délègue. Pour chaque mission déléguer, les auteurs incitent à trouver LA bonne personne puis à indiquer précisément ce que l’on attend de son travail. La confiance est la clé en la matière : “quand on délègue, il est nécessaire de le faire volontiers et pas du bout des doigts, en étant persuadé que la personne choisie s’en sortira très bien.”

La bonne gestion des mails au travail

Désactiver les alertes automatiques des courriers entrants, se munir d’un “anti-spam” sont les premières pistes évoquées par les auteurs pour éviter de gaspiller son temps et de perturber sa concentration par sa boîte mails. Autre conseil judicieux : ne traiter ses mails que trois fois par jour lors de créneaux horaires très précis.

Bien ranger son bureau

Pour éviter de perdre du temps à chercher un dossier par exemple, organiser son bureau est indispensable, de même que d’améliorer sa déco par des touches personnelles pour une ambiance plus chaleureuse et plus propice à la relaxation.

Respecter son rythme de travail

Prendre en considération ses rythmes biologiques pour optimiser son potentiel énergétique. Pour cela, une piste se dessine : se réserver des pauses de déconnexion en repérant son niveau de rendement au cours de la journée. Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel  proposent de s’étudier durant un jour en observant les instants de bâillement, les moments de concentration efficace et autres. Les auteurs identifient trois principaux groupes : les champions du matin, les oiseaux du soir, les “toujours prêts”. Le tout est de s’adapter à son rythme personnel par exemple en privilégiant des travaux exigeants sur les heures de performances et du tri dans sa boîte mail aux heures de moindre rendement.

L’art d’assumer les imprévus

Les auteurs expliquent qu’il est important de prendre note d’un imprévu (de ne pas le dénier) mais aussi de “trouver la juste mesure entre la trop grande réceptivité aux imprévus qui compromet  un travail efficace et la rigidité qui empêche de sortir de la routine”.

Ne vous laissez pas déranger inutilement

Informer ses collaborateurs d’un créneau propice à la réception de toute demande, leurs offrir la possibilité de poser leur question par mail (et privilégier une vraie conversation lors de la pause autour de la machine à café) et se remettre en question en se demandant par exemple si on a été clair dans ses directives, si on apprécie d’être régulièrement consulté, si on a des difficultés à clore un débat qui s’éternise… sont des pistes proposées pour améliorer sa tranquillité au travail. Limiter les envahissements technologiques et humains permet de travailler plus sereinement et de regagner jusqu’à 30% de notre productivité.

6. Ralentir jusque chez soi

Chaque membre de la famille doit s’y mettre

“C’est en étant mieux connecté à vous-mêmes que vous serez plus disponible pour votre famille et votre entourage.” Toute décélération nécessite de laisser de côté l’obsession de la toute-puissance  et de la perfection précisent les auteurs. Partant des résultats d’une étude INSEE (“Emploi du temps 2009 – 2010”) qui met en lumière le fait que les femmes assument 80% des tâches domestiques, ils proposent de “transformer la famille en une ruche active” en apprenant à déléguer (transmettre son savoir et faire confiance) au conjoint et aux enfants. Comment ? Organiser un mini-conseil de famille : “lister les obligations à accomplir dans la semaine et se les répartir en fonction des envies et des compétences de chacun”. Chacun à son échelle peut apporter sa touche à l’organisation quotidienne. Il est aussi intéressant d’élargir l’exercice au réseau (entourage large).

Etablir une to do list plus réaliste

Planifier le domestique une autre idée inspirée de la nécessaire planification dans le milieu professionnel. Il s’agit de prendre quelques minutes pour dresser une liste de choses à faire le week-end par exemple, en notant uniquement les tâches essentielles. En indiquant le temps de réalisation pour chacune d’elles, l’addition risque d’être chargée (une journée ne compte que 24h dont quelques heures de sommeil…). Il s’agit alors d’élaguer à nouveau pour parvenir à une liste réaliste.

Simplifier les tâches du quotidien

Les auteurs dessinent 4 principaux conseils :
– réaliser une liste de course type en plusieurs exemplaires (nous achetons souvent les mêmes produits) et chaque membre de la famille entoure au fur et à mesure ce qu’il vient de terminer (le dentifrice par exemple).
– prévoir les menus à l’avance et s’inspirer par exemple sur “la fabrique à menus”.
– cuisiner e doublant les doses pour en congeler une partie.
– côté ménage, se programmer une tâche unique à chaque séance (par exemple la porte-fenêtre du salon) et faire place nette (ranger les ustensiles et autres).

Un mot d’ordre : anticiper !

“En prenant une longueur d’avance pour certaines tâches qu’il faudra de toute façon faire, vous éviterez toutes les paniques de dernière minute immanquablement source d’énervement.

La famille et les enfants d’abord !

Face au matériel, Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel pointent du doigt l’aspect humain de la maisonnée et le fait que dès leur naissance les enfants subissent la pression du temps imposée par les parents. “Stop ! Un enfant plus que quiconque a droit à la lenteur.” Dans ce changement vers plus de lenteur, les auteurs invitent ainsi le lecteur à penser en priorité aux enfants en la matière. Ceci en évitant les “Dépêche-toi”, prêter attention à leur emploi du temps et notamment à l’équilibre des activités extrascolaires (sans surcharge déraisonnable).

La lenteur : un nouveau jeu familial

Les auteurs mettent en lumière des pistes pour amener la lenteur de façon ludique au sein du foyer :
– créer un rituel familial, tel que “dîner autour d’une bougie chaque mercredi soir”, auquel on ne déroge pas et pour lequel on prend le temps d’être là, bien ancré dans le moment présent.
– faire une activité au ralenti comme par exemple se laver avec lenteur en se concentrant sur ses gestes.
– faire des soirées ou des journées à thèmes.
– discuter sans télévision pendant les repas.
– cuisiner tous ensemble, se relaxer et autres.

Le Slow Tourisme

Ce mode de voyage encourage l’aventure humaine, “appelle à partir moins souvent, à voyager mieux et plus longtemps !”. Le tourisme lent “participe grandement à une évolution des mentalités sur la protection de la planète”.

7. Déconnecter grâce à la digital détox

Des enquêtes révélatrices

Apprendre à se déconnecter des différents écrans, voici en quoi consiste le concept de la digital détox. “Quand une personne se prive de toutes connexions, elle s’offre la possibilité de minorer son stress, voire son anxiété, et d’augmenter ses interactions avec le monde réel grâce à un retour à la pleine conscience.” Les auteurs présentent quelques enquêtes relatives à l’hyperconnexion : 84% des moins de 40 ans utilisent quotidiennement les réseaux sociaux (étude annuelle du CREDOC de 2016 “Baromètre du numérique”).

Le droit à la déconnexion enfin reconnu !

Ce droit à la déconnexion légiféré par la loi Travail (article 55) bien utilisé inviterait à limiter le niveau de stress en entreprise. Sa mise en application dans le monde du travail est pourtant timide.

Si vous ne vous sentez pas prêt à déconnecter…

Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel nous livrent un motif essentiel pour se déconnecter : savoir être là, ici et maintenant. De plus, “[…] ces comportements chronophages nuisent gravement au bon développement de la communication, des compétences psychologiques et sociales.” Face aux troubles liés au stress, à la capacité d’attention, à la fatigue psychologique et à l’épuisement physique, les auteurs nous mettent en garde contre les addictions digitales.

Déconnectez-vous pour vous reconnecter

Limiter l’usage des nouvelles technologies pour ne pas en devenir dépendant. C’est en partie ce que proposent les auteurs en rappelant un motif important en ce sens : “Maintenant, vous savez que rester connecté en permanence nuit tant à la concentration qu’à la disponibilité aux autres, et donc rend à la longue moins créatif.”

Test : relevez-vous d’une Digital Detox ?

Ce test est proposé pour mieux comprendre son rapport aux nouvelles technologies. Des questions telles que “Vous reproche-t-on souvent d’être trop sur vos écrans ?”, “Votre téléphone est-il poser sur la table lorsque vous prenez vos repas ?” ou encore “Vous déplacez-vous dans la rue en consultant ou en jouant sur votre smartphone ?” permettent de cibler son profil de cyberdépendance.

Comment faire sa Digital Detox ?

Par soi-même

Les auteurs partagent dix conseils pour décrocher de l’hyperconnexion sur une journée dont :
– N’hésitez pas à faire appel à des applications dites de blocages sur vos appareils (smartphone, ordinateur, tablette) si besoin.
– Repérez et faites un tri positif dans vos diverses connexions : celles qui vous rendent service et vous font plaisir face à celles qui vous stressent.
– Planifiez votre journée à l’aide d’une ou deux activités plaisirs bien identifié(es), seul(e) ou accompagné(e).
– Le point important : sachez organiser des moments de réflexion, de lecture, de méditation, de siestes, seul(e) avec vous-même dans la journée.

Grâce à un séjour Digital Detox

“En résumé, deux types de séjours sont alors proposés : soit partir loin sans possibilités de connexion, soit partir près dans des structures réceptionnant à l’accueil vos divers appareils.”

La décélération en marge de l’agitation

Différentes initiatives sont présentées ici dont des lieux de retraite (le Village des Pruniers), des cures de sevrage numérique, des week-ends Digital Detox…

Retours d’expériences

Pour s’inspirer, deux retours d’expériences sont mis en lumière : la bande-dessinée “Un an sans internet : journal d’une expérience” de Ced et le livre “J’ai débranché : comment revivre sans internet après une overdose” de Thierry Crouzet.

Une détox qui prend du temps !

Loin de séjours tendance pour suivre la mode de la Digital Detox, il est rappelé à quel point cette démarche doit être plus profonde pour prendre sens. “[…] il faut apprendre à transgresser bien d’autres besoins tels ceux d’appartenance sociale et relationnelle, et apprendre à s’estimer afin d’accepter d’exister seulement pour soi et non pas aux travers de selfies narcissiques cachant un besoin d’exister en permanence sur la toile.”

Conclusion

Expérimenter la décélération par de petits changements tels que se rendre au travail en vélo, s’offrir une sieste quotidienne de 10 minutes, rester un peu plus longtemps à table au dîner permet d’observer concrètement les bénéfices de ces actions slow. Les auteurs encouragent à aller dans ce sens pour que chacun à son rythme parvienne à lever le pied. Un long chemin vers un lent demain qui a du sens. Les auteurs concluent par des appels à l’actions :
– Maintenant que la lecture de ce livre est terminée, quelles décisions auriez-vous envie de prendre afin de modifier votre relation au temps ?
– Comment comptez-vous vous y prendre pour décélérer ?
– Quand commencent vos résolutions ?

Critique du livre “Ralentissez”

Une des ambitions de ce livre est claire et concrète : oser s’écouter pour être en harmonie avec soi-même. Avec beaucoup de tact, Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel invitent le lecteur à avancer petit pas par petit pas pour cheminer avec bienveillance vers plus de lenteur, plutôt qu’à enclencher de grandes révolutions souvent déstabilisantes. “Conquérir la lenteur ne se fait pas en un jour. Ce serait un bien curieux paradoxe !”

Découvrez ici “Ralentissez : choisir la lenteur et réapprendre à vivre” de Stéphane Szerman, Isabelle Gravillon et Delphine Le Guerinel.

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